L’Entreprise qui Vient

Article coécrit avec Ingrid Kandelman, paru dans Usbek & Rica

De 2020 au dĂ©but 2023, 140 personnes issues d’une quarantaine d’entreprises de toutes tailles, mais aussi des syndicalistes, des freelances, des chercheur·es, ont imaginĂ© des entreprises de 2050 avec l’aide d’écrivains et d’écrivaines de science-fiction. Avec Usbek & Rica, l’UniversitĂ© de la PluralitĂ© publie les rĂ©sultats de ce projet prospectif en 10 volets nommĂ© « L’entreprise qui vient Â».

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Le futur, combien de divisions ?

Article paru dans L’Atelier des Futurs, 7 avril 2023

Le point de départ des « ateliers d’atterrissage » d’un récent projet de prospective sur le futur de l’Entreprise était pour le moins radical : il s’agissait d’imaginer qu’en 2050, l’entreprise s’était transformée en l’une des 12 entreprises fictionnelles imaginées en amont dans le cadre du projet, avec l’aide d’écrivains et d’écrivaines de science-fiction. Les participant·es n’avaient même pas le choix : ainsi, telle grande société d’assurance était devenue une sorte de réseau d’Ephad qui mettait les personnes âgées au travail en orbite terrestre, telle banque se transformait en une sorte d’agence de projets de régénération environnementale…

Toutefois, après un moment d’hésitation, les participants et participants parvenaient à raconter l’histoire qui reliait leur présent à ce futur arbitraire et, chemin faisant, laissaient surgir des questions essentielles sur leur entreprise, des bifurcations entre lesquelles elle aura à choisir, des signaux faibles auxquels elle ne prêtait jusqu’alors que peu d’importance.

Cet exemple invite à réfléchir sur ce qu’est le futur. Les futurs proposés n’étaient pas forcément souhaitables, ni tellement probables, voire pas vraiment possibles, et pourtant ils s’avéraient féconds. Chaque groupe travaillait dans un futur assez différent de celui des autres, et pourtant ils avaient des choses à se dire, des pistes à partager.

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Article : « Et si l’I.A. Ă©tait un Ă©vĂ©nement mineur ? »

Article paru dans l’ouvrage « MaĂ®triser l’IA au service de l’action publique. Une responsabilitĂ© individuelle et collective », sous la direction de Christian Paul et Daniel Le MĂ©tayer, Berger Levrault, 2023

« Dans la bande dessinĂ©e Carbone et Silicium, deux intelligences artificielles « fortes » assistent, impuissantes, Ă  la marche continue de l’humanitĂ©, sur près de 300 ans, vers la catastrophe Ă©cologique et sociale. L’une dĂ©sespère de l’humanitĂ©, l’autre pas, mais aucune d’elles n’a les moyens de faire dĂ©vier le cours de l’Histoire. L’I.A. a atteint son Graal, et ça n’a rien changĂ© du tout.
Et si, au fond, l’intelligence artificielle n’était que cela : un moment important dans l’histoire de la science informatique mais, malgré la débauche de promesses et de craintes qui l’accompagne (comme, avant elle, de nombreuses autres percées technologiques, en particulier dans le numérique), un événement mineur de l’Histoire ?
Il existe au moins trois raisons pour lesquelles l’I.A. pourrait, demain, jouer un rĂ´le beaucoup moins central que celui qu’on lui prĂ©dit aujourd’hui, pour s’en rĂ©jouir ou s’en inquiĂ©ter : la dĂ©ception, la contrainte Ă©cologique et enfin, la rĂ©volte, non pas contre les machines, mais contre les organisations qui les mettent en Ĺ“uvre. »

« Seule l’imagination peut nous permettre d’inventer d’autres possibles »

AFD, « Des nouvelles de demain », Saison 3, 2022

« Face aux mutations du monde, Daniel Kaplan, penseur et un acteur du numĂ©rique et plus largement du futur, propose une mĂ©thode pour rĂ©inventer l’avenir. La gĂ©opolitique, l’économie, l’Homme en gĂ©nĂ©ral mettent les sociĂ©tĂ©s Ă  rude Ă©preuve.
La domination occidentale a Ă©tĂ© systĂ©mique. Dans un rapport au vivant bouleversĂ©, il est important de repenser le monde que l’on veut voir advenir. La technique ne sera pas la solution. Il faut miser sur l’imagination : se figurer le monde pour le voir advenir. »

Lettrés du futur

Article paru dans la revue Projet, n° 386 février-mars 2022

On connaît bien ce paradoxe : la connaissance des défis écologiques est établie et disponible, les personnes qui en ont conscience sont de plus en plus nombreuses, et pourtant cela ne se traduit pas en actes à la hauteur des enjeux. Nous savons ce qu’il faudrait quitter, mais pas à quoi ressemblerait le monde qu’il faudrait créer à la place.

Le système d’interprétation dont nous disposons – qui considère en particulier l’ensemble de la « nature » comme une ressource – ne fonctionne plus. Mais nous sommes collectivement incapables d’imaginer un monde soutenable. Voilà pourquoi la journaliste Naomi Klein et le porte-parole du mouvement international des « villes en transition », Rob Hopkins, disent du changement climatique qu’il traduit un « échec de l’imagination » (Horizons publics, n° 16, 2020).

L’article sur le site de la revue Projets >>

Eclairer son époque

Paru dans Éclairage et lumière du IIIe millénaire, 2000-2050, dir. Lionel Simonot et Vincent Laganier, éd. Lightzoomlumiere, décembre 2021

Ă€ qui dĂ©sespère de l’inaction Ă©cologique, le domaine de l’éclairage apporte une première bonne surprise : voici un secteur d’activitĂ© qui, non content d’avoir basculĂ© vers une technologie très efficiente et Ă  longue durĂ©e de vie (les LED), travaille aussi Ă  faire moins : rĂ©duire, espacer, parfois interrompre l’éclairage – un peu pour Ă©conomiser l’énergie, surtout pour mieux respecter les rythmes circadiens des humains et des autres ĂŞtres vivants.

Cela mĂ©rite d’être signalĂ©. Cependant ce retrait (relatif) de l’éclairage n’est pas un retrait de l’éclairagiste. Autrement dit, l’artificialisation « perceptive Â», spatiale et temporelle, qu’opère l’éclairage, continue de progresser tout en se faisant plus intelligente, plus attentive, plus subtile. Mais si l’artificialisation elle-mĂŞme est le problème, alors quoi ?

Voilà une question typique de prospectiviste. Un prospectiviste n’a pas pour fonction de prédire l’avenir, mais d’aider les acteurs à explorer des lieux imaginaires nommés « futurs » pour, au retour, ouvrir des possibilités, signaler des risques, suggérer des alternatives et des choix à faire dans le présent. C’est ce que nous essaierons de faire ici, à la lecture des articles qui composent ce recueil et dont émerge un premier constat : le sujet de l’éclairage offre une coupe très intéressante sur l’organisation du monde humain, les tensions qui le parcourent et les bifurcations qui se dessinent à l’horizon. Nous prolongerons ce constat autour de trois sujets : l’artificialisation et la (dis)continuité, le climat et les ressources, enfin les paradoxes de “l’intelligence”.
(…)

Le livre sur le site de l’Ă©diteur >>

Explorer les futurs du travail Ă  l’aide des arts et de la fiction : retour d’expĂ©rience

Article de Daniel Kaplan & Ingrid Kandelman paru dans Communication & langages, vol. 210, no. 4, 2021

La prospective est une discipline qui vise à agir dans le présent de manière à influencer le futur. Elle connaît aujourd’hui une forme de « tournant fictionnel » qui vise à mieux explorer des futurs en rupture, à rendre la pratique prospective plus inclusive et à permettre aux individus de prendre conscience de leur capacité à transformer leur environnement. L’article rend compte d’une expérimentation sur les futurs du travail fondée sur l’usage de la fiction. Entre 2018 et 2020, trois ateliers ont testé différentes approches auprès de publics issus d’entreprises. Ils ont montré que le recours à la fiction facilite l’établissement du dialogue au sein de groupes hétérogènes, qu’il aide les individus à s’abstraire des discours dominants sur le futur, et qu’il leur permet de se percevoir comme des acteurs du changement. En revanche, des méthodes restent à développer pour faciliter le passage entre l’imagination de futurs alternatifs et la construction de chemins concrets de transformation.

L’intĂ©gralitĂ© de l’article peut ĂŞtre consultĂ©e sur Cairn >>

Projet Narratopias : Ă  la recherche de « nouveaux rĂ©cits Â»

Daniel Kaplan & ChloĂ© Luchs – Paru dans Usbek & Rica le 27 septembre 2021

Comment quelque chose d’aussi fragile qu’un (ou plusieurs) récits pourrait-il s’opposer à un phénomène aussi massif que le changement climatique ? Par la mutualisation des mots, des discours, des idées capables de faire bouger les lignes de notre système de représentation mentale. Tel est le projet de Narratopias, selon Daniel Kaplan et Chloé Luchs-Tassé.

Le temps est donc venu de produire les narratifs de demain », écrivait Laurence Monnoyer-Smith, ici-même, dans sa tribune du 19 mai, qui annonçait le projet Narratopias. Elle précisait : « ceux qui sauront susciter le désir des femmes et des hommes pour un autre monde, soutenable celui-ci. » Cet appel à un ou plusieurs « nouveaux récits » retentit un peu partout. Au Forum Économique Mondial : « nous avons besoin de nouveaux récits afin de rassembler en faveur d’un monde plus inclusif et durable à un moment où, comme l’affirme Greta Thunberg, « notre maison brûle » ». Chez Pablo Servigne, pourtant assez éloigné de Davos : « L’enjeu, aujourd’hui, est de s’accorder sur un récit (ou plusieurs), et de le co-construire ensemble. De s’ouvrir de nouveaux horizons. » Chez la philosophe Isabelle Stengers : « S’il existe une post-anthropocène qui mérite d’être vécue, celles et ceux qui l’habiteront auront besoin d’autres récits, où aucune entité n’occupe le centre de la scène. »

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De qui l’identitĂ© numĂ©rique simplifie-t-elle la vie ?

Tribune parue dans Acteurs Publics, n° 150, mars-avril 2021

Depuis que l’informatique est devenue « le numĂ©rique Â», les deux ont Ă  rĂ©soudre une contradiction : ils se prĂ©sentent gĂ©nĂ©ralement comme un facteur de simplification du quotidien, alors qu’ils en accompagnent la complexification[1] continue – personnalisation, multiplication des choix et des canaux, innovation permanente, etc. Le chantier multiforme de l’identitĂ© numĂ©rique rĂ©galienne et sĂ©curisĂ©e n’échappe pas Ă  cette tension. Depuis au moins dix ans, les « solutions Â» se multiplient et se contredisent parfois, elles ne remplacent pour ainsi dire jamais l’existant mais s’y ajoutent, crĂ©ant un Ă©cheveau que les utilisateurs auront la charge de dĂ©mĂŞler comme ils le pourront.

Les diffĂ©rents projets d’identitĂ© numĂ©rique rĂ©galienne ont un autre point commun : ils suscitent chaque fois toutes sortes d’études pour en explorer les usages[2]. MĂŞme s’il en ressort forcĂ©ment des idĂ©es intĂ©ressantes, ces Ă©tudes suscitent tout de mĂŞme une interrogation : au-delĂ  de quelques usages Ă©vidents (la sĂ©curisation des titres officiels, par exemple), l’identitĂ© numĂ©rique publique et sĂ©curisĂ©e n’est-elle pas une rĂ©ponse Ă  la recherche de ses questions ? Certes, tout le monde prĂ©fère des dĂ©marches administratives (et autres) simples et sĂ»res, mais avons-nous vraiment besoin d’un tel dispositif pour cela ? Vu de l’usager, quels problèmes un bon gestionnaire de mot de passe et des vraies dĂ©marches de simplification administrative ne pourraient-ils pas rĂ©soudre presque aussi bien ?

Simplifier la vie, mais de qui ?

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