Big data : « Partager le pouvoir des données… avec chacun d’entre nous »

5013805_7_ad9d_2016-10-14-3bf75a4-26085-lidtdn-zrlawqm2t9_a3112edbf7feef369fbd943473512cfcPour Marine Albarède, Manon Molins et Daniel Kaplan, de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), il n’existe plus de bonne raison de ne pas partager les données personnelles, et le pouvoir qu’elles confèrent, avec les personnes qu’elles concernent.
> L’article dans Le Monde du 14 octobre 2016 (édition abonnés)
> Texte intégral :

Si les données (notamment personnelles) sont tellement utiles aux entreprises et aux administrations, pourquoi ne le deviendraient-elles pas aussi pour vous ? Et si, demain, vous aviez la possibilité d’accéder aux données personnelles qui vous concernent et de les utiliser vous-mêmes, pour accomplir des tâches qui comptent pour vous ?

Cette hypothèse a cessé d’être farfelue, et même émergente, en septembre 2016. Au début du mois, la conférence MyData réunissait à Helsinki plus de 600 responsables publics, entrepreneurs, chercheurs et hackers, venus de 30 pays pour explorer ce que le « retour » des données aux personnes pourrait signifier dans la santé, le travail, la consommation, la mobilité… Le 29, à Londres, ils étaient autant à la conférence Personal Information Economy, pour imaginer une économie de la donnée où nous ne sommes pas les produits.

Depuis près de 40 ans (la loi Informatique et Libertés date de 1978), nous vivons dans l’idée que seules les organisations ont des raisons et les moyens de collecter et traiter des données personnelles. Nous autres citoyens, pouvons juste tenter de nous défendre contre leur mésusage. Ce que nous faisons sans enthousiasme, voire pas du tout, parce que c’est compliqué, abstrait et que nous avons d’autres priorités.

Or aujourd’hui, nous emportons dans nos poches une capacité informatique amplement suffisante pour traiter nos données, sans les faire circuler n’importe où. Un retournement dans l’usage des données personnelles est donc possible. Il est également nécessaire, tant la société et l’économie « intensives en données » qui se dessinent semblent réduire l’individu au rang de catégorie statistique. Si notre expérience du big data se résume à subir des publicités de plus en plus intrusives et des décisions de moins en moins transparentes, on peut parier qu’à l’incompréhension succèderont la défiance, puis le refus.

Entre nos mains, nos données personnelles peuvent nous aider à mieux nous connaître (par exemple pour prendre soin de sa forme ou de son alimentation), à mieux nous soigner (les associations de patients réclament depuis des années l’accès aux données de santé), à prendre de meilleures décisions (par exemple dans notre vie professionnelle – pensons au Compte Personnel d’Activité – ou notre consommation), à rapprocher nos pratiques de nos valeurs (par exemple en mesurant notre empreinte carbone)… En France, le projet MesInfos, qui associe plusieurs grandes entreprises, des startups, des institutions publiques et une grande collectivité locale, explore à ciel ouvert les usages et les conditions d’émergence de ce que nous proposons d’appeler le « self data ».

La Cnil suit avec attention le projet MesInfos et y prend part. Donner aux personnes la possibilité d’utiliser les données qui les concernent, ne se substitue ni à la protection que la société leur doit, ni à la nécessaire frugalité en données (privacy by design) que promeut en Europe le nouveau Règlement général de protection des données. Au contraire, des individus informés et outillés se défendront bien mieux, dès lors que leurs données leur deviendront utiles au quotidien.

Un monde où chacun d’entre nous disposerait de la connaissance et de l’usage de ses données personnelles ne devient pas un monde idéal, juste plus équilibré et plus divers. Dans quelles conditions peut-il émerger ? Quels risques faut-il anticiper ? Comment rendre ce changement simple et inclusif, sans l’imposer à ceux qui s’en désintéressent ? Les projets pilotes qui se développent dans le monde, MesInfos compris, travaillent tous sur ces questions. Pour qu’il n’existe plus de bonne raison de ne pas partager les données personnelles, et le pouvoir qu’elles confèrent, avec les personnes qu’elles concernent.

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